• voici une très belle lettre écrite a J P pernaut par un cheminot nantis !!!!

     

     

    Samedi, 3h50, je démarre mon puissant véhicule de nanti pour me rendre à ma planque de privilégié.

    Ca fait 5 mois que je pédale mes 10 km dans chaque sens, à toute heure du jour ou de la nuit, parce que mon véhicule de prestige (un scooter 49.9 cm3 2 temps, made in Taïwan, selle deux places, deux rétroviseurs et déco sport) est en panne et qu'il me manque 500€ pour le réparer.

    C'est pas un drame en soi mais ça commence à être vraiment pénible surtout que mes horaires suffisent déjà à avoir le sommeil rare et la fatigue régulière. Là où ça devient triste et où ça m'atteind même au moral, c'est quand un gars qui ne me connait même pas laisse entendre à toute la France que je ne suis qu'un branleur. 

    Oui, Jean Pierre Pernaut, c'est de toi que je parle. Ne fais donc pas semblant, ton coup sur les 60 congés des cheminots, c'était pas innocent. Depuis le temps que tu fais des sous-entendus sur mes collègues et moi, on a bien compris le fond de ta pensée.

    Donc, Jean Pierre, ce que tu racontes avec ton air sûr de toi et même un peu supérieur, ça fait mal au coeur. Du coup, ce matin, à 4h, au mileu de ma campagne, à pédaler face au vent, en évitant les hérissons suicidaires et les ragondins qui regardent même pas avant de traverser, je me demandais ce que j'avais fait pour mériter le traitement que tu me réserves.

    Même si tu as fini par corriger l'information (sous la pression, hein, pas de gaité de coeur), je sais aussi qu'un jour où l'autre quelqu'un, voyageur, copain ou famille, me balancera ce chiffre de 60 congés à la figure avec le même air sûr de lui que tu as quand tu racontes des bêtises sur mon compte. Ca fera mal, encore. Je me demanderai ce que j'ai fais pour mériter ça, encore.

    Franchement, Jean Pierre, j'aimerais bien comprendre ce que tu as contre moi.

    Je me dis que tout repose peut être sur un malentendu. Après tout, tu as peut être entendu n'importe quoi sur mon compte et tu répètes sans avoir vérifié. Si c'est ça, c'est pas bien, quand on est journaliste, de ne pas vérifier. Je te propose donc de m'accompagner quelques jours dans mon boulot. Tu verras mes horaires, mon boulot et le sérieux qu'il demande. Au passage, tu verras mes collègues. Je cotoie partiulièrement ceux qui assurent l'entretien du réseau. Eux aussi ils sont au boulot à toute heure et, en plus, dehors, sur les voies ou perchés dans la caténaire. Ils gagnent encore moins que moi. Ils doivent également être bien heureux d'entendre qu'ils sont planqués. Il t'en parlerons peut être.

    Tant qu'on y est, et histoire que tu aies toutes les cartes en main, on prendra un peu de temps pour faire mes comptes. Tu verras, c'est souvent un peu déprimant. Il faut dire que l'on doit faire tourner la maison avec un revenu annuel d'à peine plus que la moitié de ton revenu mensuel. C'est ça d'être un nanti ! Par exemple, aujourd'hui, nous sommes le 12 du mois et je sais déjà qu'il va me manquer un peu plus de 30€ pour le finir. Du coup, à la maison, on a le privilège de jouer à un jeu rigolo qui consiste à voir ce qu'on peut monter comme repas avec les conserves qui trainent et les fonds de congélateur histoire de réduire le budget et d'éviter le découvert et les agios qui vont avec. On devient vite un pro de la cuisine créative. émoticône grin

    Bref, tu verras qu'à part mes horaires, je ne vis pas très différement de la majorité de nos concitoyens. Je fais ma part, ni plus, ni moins. Je vis normalement. Plutôt un peu moins même vu que je fais partie des nantis qui ne sont pas imposables sur le revenu et qui touchent des allocations. D'aileurs, tu verras aussi, on a plein d'écrans plats. A force d'en acheter à chaque allocation rentrée scolaire, on ne sait plus quoi en foutre. Au passage, tu constateras que je suis largement en dessous des 2400€ de revenu que tu as également annoncé. 2400€, c'est plutôt ce qu'on se fait à deux ave ma femme. Mais bon, on aura le temps de parler de tout ça.

    L'invitation est donc lancée ! Je t'attends. Si tu veux, tu pourras même en faire une émission ou un reportage. Ca te permettras de ne pas perdre de sous pendant le temps que tu passeras avec moi. Je m'en voudrais de te ruiner un peu.

    Parlant d'argent, si des fois tu veux faire un petit geste pour mon scooter, je suis preneur. 500€, c'est un tiers de mon salaire mais, pour toi, ce n'est qu'un centième. Ca ne devrait pas trop te manquer mais, moi, ça me changerait la vie.

     
    Photo de Sylvain, cheminot.
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  • Commentaires

    1
    Samedi 12 Mars 2016 à 17:56

    il pourraient y en avoir des mille et des cents qui témoigneraient ainsi ... il en est donc qui sont aveugles et sourds pour les prétendre "nantis" !

    solidaire .

    2
    Vendredi 18 Mars 2016 à 15:08

    Bien envoyé. Ah, ces journalistes qui se pavanent devant une caméra et assènent leurs vérités... Mon cher père disait qu'il y a de sacrés coups de pied au cul qui se perdent. Ces messieurs bien-pensants, fiers comme des artabans de pacotille, imbus de leur position, et surtout cons comme la lune, se veulent honnêtes, francs, et sans parti-pris. Oh certes, ils ont fait des études, disposent d'une certaine intelligence, mais manquent totalement de jugeote : leurs fondamentaux ? parce qu'ils ont fait des études, qu'ils plastronnent sur les plateaux-télé, qu'ils jouissent d'une notoriété de façade, ils se comportent en censeurs. Sans doute savent-ils mieux que les intéressés dont ils parlent ce qu'il en est. Une mentalité à l'emporte-pièce, des jugements partiaux, des sentences exprimées comme vérités premières. Ils sont agaçants, horripilants, puants. C'est tellement facile d'afficher des certitudes quand on n'est pas concerné...

    En tout cas, ce cheminot a su lui river son clou. Mais J-P.P. aura-t-il eu en mains ce courrier ? L'aura-t-il lu ? Ou bien sera-t-il parti direct à la corbeille ? Il y a fort à parier que ce qui parvient aux chaînes à l'adresse d'une personne est d'abord lu, et donc trié. Je présume également que la secrétaire n'aura pas voulu "perturber" ce "grand" journaliste... Eh oui, ce qui fâche est superbement ignoré avec la complicité de quelques uns. Ces "gens-là" sont tellement "supérieurs"...

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